Lisbonne, Torre de Belem, et moi, et moi, et moi…

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Il faisait chaud. Une putain de chaleur à dessécher le gosier d’un dromadaire.

Et, vous le savez, je n’aime pas la chaleur.

Alors cette après-midi là, j’ai décidé de monter dans un bus, et de filer au bord de la mer. A Torre de Belem.

Je suis descendu à l’arrêt spécifié par le guide du Routard du Portugal (on peut dire ce qu’on veut, il est quand même loin d’être nul ce bouquin !), et j’ai marché.

J’ai marché dans la direction où Torre de Belem est sensée se trouver. Sur mon chemin, j’ai rencontré un parc avec des jets d’eau.

Il faisait chaud. Je l’ai déjà dit, je sais. C’est pour ça que je me suis posé sur l’un des rares bancs à l’ombre. J’ai sorti une banane de mon sac à dos, je l’ai dévoré en trois bouchées, et j’ai vidé d’un trait ma petite bouteille d’Evian.

Merde, je suis con ou quoi. Pourquoi j’ai fait ça ?

Trop tard : plus d’eau, et visiblement pas de boutiques touristiques à proximité. C’est un comble.

Le parc était en fait le tout début des magnifiques jardins du non-moins magnifique Mosteiros dos Jeronimos.

Je vois la foule de touristes qui s’y précipite. J’hésite, et finalement, je continue ma marche vers la tour.

Faut passer dans un tunnel sous l’autoroute pour y accéder. C’est pas méga bien foutu. Si je n’avais pas vu un gros allemand avec des chaussettes dans ses sandales disparaître sous la voie rapide, j’aurais probablement tourné en rond deux heures avant de capter que pour accéder à « l’ode à la mer » portugais, il fallait d’abord passer sous terre.

Bref, je sors du tunnel.

Et là, la déception.

Sans déconner, c’est quoi cette immondice :

Je suis trop déçu. C’est ça toute la gloire de la navigation portugaise ? Vaso de Gama doit se retourner dans sa tombe, le pauvre. C’est une honte.

Ah non, mais attends, avant de gueuler, Jérémy. Pourquoi tout le monde continue par là.

J’avise un passant.

« Excusez moi, c’est pas Torre de Belem, quand même, ça. Si ? »

J’ai le secret espoir qu’il se moque de moi et me dise de continuer ma route.

Ce qu’il fait. Dans un accent anglais qui sentait la vodka (sûrement un russe, ou un gars des pays baltes).

Torre de Belem est en fait à 400 mètres. Derrière un petit parc boisé.

Je marche encore un peu (j’en aurais fais des kilomètres, au cours de ma visite de Lisbonne !) avant d’arriver vers elle.

Elle est là.

Torre de Belem.

Grande, fière, droite. A l’embouchure du Tage. Dernière vision continentale des héros de la navigation portugaise avant de partir pour des contrées lointaines.

Eux, c’était des putains de voyageurs. Pas grand chose à voir avec le backpackers que je suis. S’il avait eu Google Earth et le Couchsurfing, pas sûr qu’il eut fait des miracles, le père Gama.

Je me pose devant elle.

J’ai toujours aimé la mer. Je sens que je la comprends. On dialogue. Elle est plutôt cool. Elle me raconte son histoire. Ses pierres éternelles. Les mouettes qui tournent autour et se posent à son sommet. La petite plage de sable fin.

Elle est belle. Majestueuse.

Les touristes affluent en masse, mais aucun ne reste plus de trois minutes. Quelques photos qui finiront sur Facebook et dans le dossier « voyages » de leur Macbook pro, puis ils s’en retournent siroter des cocktails dans les bars remplis de gens comme eux.

Comme la rotation est rapide, je finis par choper l’un des meilleurs spots. Je m’assoie, sur le rebord, les pieds dans le vide.

La tour est à 10 mètres devant moi, sans personne pour me gâcher la vue. Sans un touriste japonais pour me demander de le prendre en photo. Sans un groupe de français brailleurs pour me rappeler que je viens de l’un des peuples les moins civilisés en voyage.

Je reste bien trois heures, assis là, à admirer. En fait, je m’aperçois que je ne la vois même plus, la tour.

Je suis ailleurs. Je rêve de voyages en caravelles, de tour du monde, de découvertes, d’explorations.

J’essaie d’imaginer ce qu’ont pu ressentir ces explorateurs d’un temps pas si lointain. Les frissons au moment du départ. Les adieux à leur famille. La peur de l’inconnu. La magie de l’aventure qui s’offrait à eux.

Trois heures en plein cagnard. C’est quand je me rends compte que j’ai la gorge sèche et que le soleil commence à décliner que je me dis qu’il serait temps de rentrer.

Autour de moi, la masse de touristes a disparu. Restent quelques voyageurs solitaires, perdu à mi-chemin entre la Tour et leurs pensées, et un couple qui se bécote sur fond de coucher de soleil.

Je me lève alors, masse mon séant endoloris, et tourne définitivement le dos à Torre de Belem.

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