Pourquoi j’ai quitté la Norvège au bout de 5 jours (alors que je devais y rester des mois) :

Nouveau : comment TOUT QUITTER et partir voyager (très) longtemps ? J'explique tout ici !

Norvege 336Il y a cinq ans, je mettais pour la première fois de ma vie le pied sur le sol scandinave. C’était pour un week-end prolongé. Je partais avec des amis à la découverte d’Oslo. Je suis revenu de ce voyage enchanté, avec une obsession en tête : continuer de découvrir le monde (j’en parle ici).

5 ans et 25 frontières plus tard, j’ai à nouveau atterri à Oslo. Avec cette fois l’intention d’y rester un peu plus qu’un weed-end prolongé. L’objectif était même de m’y trouver une chambre en coloc et de rester quelques mois. Histoire de découvrir à quoi ressemble la vie dans le pays qui truste la première place de tous les classements de richesse, bien-être, santé et croissance économique depuis des décennies.

Finalement, j’ai déchanté. Et j’ai pris mon billet retour plus vite que prévu. Voici les explications.

Un coût de la vie exorbitant à Oslo

La Norvège est un pays cher. Je le savais avant d’y aller. Je m’étais dit que, bon, je ne suis pas dépensier et qu’éventuellement en trouvant un boulot sur place en complément du blog, ça pourrait le faire. Sauf que autant il est facile de s’habituer au coût de la vie dérisoire de l’Europe de l’Est ou du sud-est asiatique, autant devoir payer 12€ sa pinte de bière ou 3€ un paquet de pâtes, ça fait mal. Même quand on le sait à l’avance.

Résultat, j’ai beau ne pas être particulièrement près de mes sous, je réfléchissais quand même à deux fois avant d’ouvrir le portefeuille, même pour des achats dérisoires. Et je n’aime pas ce sentiment là : devoir me restreindre, me freiner, c’est une sensation désagréable. J’aime la liberté, et la mienne était limitée.

Forcément, ce coût de la vie exorbitant inclue le niveau des loyers. La moyenne pour une chambre de 10m² en coloc, dans des quartiers proches du centre (mais pas non plus en plein coeur de la ville) c’est entre 800€ et 1200€ par mois. Oui, pour une chambre.

Pour le même montant, en Normandie je vis dans une villa de bord de mer. En Asie, je me loue un cottage sur une plage paradisiaque, ou en Europe de l’est, j’ai un appart’ majestueux dans un bâtiment classé au patrimoine mondial de l’Unesco.

C’est le revers de la médaille du ‘digital nomade‘, celui que de nombreux blogueurs essaient de vous cacher pour vous vendre un lifestyle de ouf : des revenus français quand on part dans les pays à bas coûts, c’est génial, mais ces mêmes revenus dans un pays où tout coûte 3 fois plus cher, t’as juste l’impression d’être un réfugié somalien qui essaie de joindre les deux bouts (et c’est pas très fun).

Bref, le premier coût d’arrêt a eu lieu quand j’ai réalisé ce que j’allais devoir débourser pour un séjour prolongé sur place.

Le second, c’est quand j’ai compris la galère pour trouver un logement…

Une offre en location rarissime

La rue où j'ai failli habiter, dans Grønland, le 'ghetto' d'Oslo.

79 Jens Bjelkes Gate. Là où j’ai failli habiter, dans Grønland, le ‘ghetto’ d’Oslo. Source : Google Maps.

Sur la vingtaine de personnes que j’ai contactée (soit l’intégralité des annonces de leur Leboncoin dans les quartiers qui m’intéressaient), je n’ai eu que 3 retours. Pour seulement une proposition de visite.

Un cagibi de 7m² dans le ghetto d’Oslo, pour 600€ par mois. En me positionnant au milieu de la pièce et en étendant les bras, je pouvais toucher tous les murs. Il s’agissait d’une visite groupée, on était 4 sur le coup : une petite asiat’ toute timide, un éthiopien à lunettes, une jolie noire montée sur des jambes interminables, et moi.

Par acquis de conscience, j’ai dis à la propriétaire que je prenais la chambre. Je me disais que je resterais là le temps de trouver un truc plus agréable et dans un quartier moins pourri. Sauf que dans le contrat qu’elle allait me faire signer, il était écrit que je m’engageais à rester 6 mois minimum dans les murs. Qu’il y avait un préavis de 3 mois à donner, et que je devais chercher moi-même mon successeur à mon départ.

Thanks but no thanks. J’ai refusé le contrat, et faute d’autres pistes sérieuses, j’ai été me prendre des pintes au Rock In Bar pour noyer mon chagrin.

J’y ai rencontré une italienne expatriée à Oslo depuis quelques années. Elle m’explique que de nombreux norvégiens achètent leur logement au lieu de le louer. L’offre locative est donc extrêmement ténue, et sans les bons contacts sur place, il n’est pas rare de galérer pendant plusieurs semaines avant de trouver quelque chose de potable. Pour sa part, elle a mis deux semaines pour trouver un job, mais deux mois pour une chambre à louer.

C’est cette discussion avec elle qui m’a conforté dans ce que je commençais à pressentir. Ma volonté de m’installer en Norvège n’étant pas suffisante pour que j’y claque le tiers de mes économies en nuit d’hôtels tout en passant mes journées à actualiser les sites de petites annonces immobilières, j’ai pris ma décision : je pars.

Pour la petite histoire, parmi les 2 autres personnes ayant daigné me recontacter, l’une d’elle, s’apercevant que je n’étais manifestement pas un viking pure-souche, m’a gentiment répondu :

« Désolé mais on préfère louer seulement à des scandinaves ».

On m’avait prévenu que les norvégiens étaient très nationalistes, qu’ils aimaient faire leurs trucs entre eux, dans leur coin. D’où par exemple leur refus de rejoindre l’Union Européenne ou d’adopter la monnaie unique. Mais celle-la, je ne l’avais pas vu venir, j’avoue !

Je m’y suis franchement mal pris :

Si certains lecteurs ont le projet de s’installer en Norvège, ne vous découragez pas pour autant à la lecture de cet article. Car il faut que je me confesse : je m’y suis pris comme un pied.

J’aurais dû me renseigner sur le fonctionnement du système norvégien avant de foncer tête baissée en me disant « ça a toujours marché partout où je suis passé, pas de raison que ça change« . J’aurais dû commencer par prendre des contacts depuis la France, et surtout choisir d’arriver AVANT la masse d’étudiants en Erasmus qui ont squattés toutes les options que j’envisageais. My mistake!

Aussi, j’aurais dû admettre dès le départ que ce pays fait partie des rares à être hors budget pour du long-terme, pour ma bourse, et par rapport à mes attentes.

Car la Norvège oui, mais pas à n’importe quel prix. Pas si je dois mettre mon bien-être en suspens. Vivre dans un clapier à lapin, ça passait quand j’étais étudiant fauché, ou même au début de mes voyages. Aujourd’hui, j’ai 27 ans. Et sans forcément m’être embourgeoisé, j’ai quand même une certaine attente en terme de confort de vie.

Et, clairement, entre mon budget, mes attentes, et ce que la Norvège peut offrir, il m’aurait fallu un miracle pour que je trouve chaussure à mon pied.

Pourtant, mon histoire avec la Norvège n’est pas terminée, loin de là :

Il paraît que dans chaque échec, on peut en retirer du positif. Pour ma part, dans le bus qui me ramenait vers l’aéroport d’Oslo, j’ai fait la connaissance d’une jolie blonde passionnée de voyages. Une belle rencontre, qui a mené, quelques semaines plus tard, à que je l’emmène découvrir ma belle ville de Göteborg. Et on est à nouveau en train de planifier un trip en Scandinavie pour juin 2015, à travers les îles Lofoten, le Cap Nord et la Laponie.

En parallèle, ma petite soeur a trouvé un boulot à Stavanger, sur la côte sud-ouest de la Norvège, juste à l’entrée des fjords. Elle sera là-bas jusque fin 2016. J’en profiterai pour lui rendre visite, découvrir Bergen et la côte ouest du pays.

Et j’ai une invitation à venir découvrir Tromsø qui traîne depuis le printemps 2014, et ma rencontre avec une jolie norvégienne lors du festival de metal, le Hellfest.

Je ne manque donc pas d’options pour prolonger ma découverte de la Norvège.

C'était il y a 5 ans, douce époque où j'avais encore des cheveux...

En charmante compagnie. C’était il y a 5 ans, douce époque où j’avais encore des cheveux…

Voyager, c’est aussi faire des erreurs :

Je sais que les blogs de voyages parlent en majorité de choses positives, du bonheur d’être sur la route. Quand on les lit, on a l’impression d’être dans le monde des bisounours.

Les échecs, les déceptions font pourtant partie intégrante du voyage. Et je me suis dit que cette expérience méritait d’être relatée ici, au cas où certains d’entre vous auraient l’impression d’être un Ovni si vos plans ne se déroulent pas comme prévus.

Il n’y a rien de honteux à faire des erreurs, à se planter de destination ou à changer d’avis au bout de quelques jours si vous vous rendez compte que vous faites fausse route. On ne voyage pas pour les autres, pour l’image qu’on leur renvoie. On voyage pour soi. Et si l’un des choix que vous aviez fait au départ ne vous rend pas heureux pour une quelconque raison – et même si cette raison peut paraître futile à certains – autant changer de cap.

Vous n’avez rien à prouver à personne, alors autant faire ce que vous aimez.