Une histoire de viking et de parapluie

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Göteborg, place de la gare, alors que la pluie s'apprête à tomber.

Voila, ça y est, il pleut. La température a chuté de 10 degrés dans la nuit, des gros nuages sombres obscurcissent l’horizon, et les premières feuilles jaunes naissent sur les arbres.

C’est l’automne. Et il pleut.

Oh, pas une grosse pluie battante comme il arrive parfois l’été, non. Juste une petite pluie fine, une bruine bien normande, comme pour me rappeler que je rentre à Cherbourg dans moins de 15 jours désormais.

Je devais aller à la supérette chercher deux trois bricoles pour me remplir l’estomac (ne vous inquiétez pas, je reparlerais bientôt de la nourriture en Suède, vous n’allez pas être déçu), et je me préparais mentalement à affronter la pluie.

Et puis je me suis rappelé. « Mais oui, t’as un parapluie maintenant ! »

J’ai repris l’ascenseur, suis remonté jusqu’à mon appart’ et ai sorti du placard un bon vieux parapluie Ikéa bleu marine.

Ce parapluie, il ne vient pas de France, je ne l’ai pas acheté à Göteborg. En fait, je ne l’ai pas acheté tout court. Ce parapluie, c’est un inconnu qui me l’a donné, trois semaines plus tôt, sans que je ne lui demande rien.

Göteborg, place de la gare, alors que la pluie s’apprête à tomber.

J’étais au Kelly’s, l’un de mes pubs préférés sur Andra Långgatan, la « rue de la soif » de Göteborg. A ma gauche, Rachel, une fille rencontrée à Londres en Couchsurfing deux ans plus tôt, venue me rendre visite pour quelques jours. En face de moi, Manu, un pote québecois aux cheveux longs qui vit ici.

Je serais bien incapable de me rappeler de quoi on parlait. Tout ce que je sais, c’est que notre discussion était régulièrement ponctuée de gorgées de bière. Sauf Rachel, qui buvait du vin (le comble pour une anglaise).

Rachel baragouine un peu de français, mais par commodité, on parlait anglais.

Et puis, une grosse main velue s’abbat sur mon épaule.

« Hey les gars, vous faites quoi là, vous êtes pas d’ici vous ! »

Je me retourne. C’est un gros Sven tout blond, au sourire éclatant, qui s’adresse à nous. En guise de Viking, il fait plutôt gros nounours. Mais quelque chose me dit que vu sa corpulence -il est aussi grand que large, et Dieu qu’il est grand !-, vaut mieux pas le chercher, le Sven. D’ailleurs je dis Sven, mais j’ai aucune idée de son prénom : pour moi, tous les gros suédois vikings s’appellent Sven.

« Si, on est tous suédois mais on n’aime pas notre langue alors on parle anglais« . C’est pas drôle, mais il rigole. « Ahaha, ok, qu’est ce que vous faîtes à Göteborg ? »

Chacun raconte sa petite histoire, rôdée, perfectionnée jusque dans les moindres détails pour l’avoir déjà racontée 100 fois aux 100 suédois venus nous poser la même question.

« Vous avez choisi la bonne ville les gars, on est ouvert, funny, tranquille à Göteborg. On se prend pas la tête, pas comme là-haut, à Stockholm. Sont fous les gens là bas. Tous stressés, ils courent partout. Ici on prend le temps de vivre. »

Sympa le Sven. Vraiment. On rigole bien. On est assis, lui debout, plié en deux pour se mettre à notre hauteur.

« En fait, le seul truc chiant à Göteborg, c’est qu’il pleut tout le temps« .

« T’en fais pas, je suis habitué, je viens de Rain City en France. Ca s’appelle Cherbourg, on dit qu’il y pleut 365 jours par an ».

« Ahaha, Rain City, I love it !« .

Il a le rire facile. C’est un bon vivant ce Sven, ça se voit. Des bonnes joues, un bon bide, le sens du contact. Le genre de gars qui met l’ambiance dans une soirée.

On discute encore un peu, puis Sven décide qu’il est temps pour lui de tirer sa révérence.

Je ne sais pas d’où il a sorti son parapluie. Ca faisait bien dix minutes qu’il discutait avec nous, et j’aurais été bien incapable de dire qu’il en tenait un quelque part. Mais il est tellement imposant qu’il aurait pu sortir une bibliothèque de sous son manteau, ça ne m’aurait pas étonné outre-mesure.

Bref, au moment de s’en aller, Sven nous tend un parapluie. « Vous allez en avoir besoin« . On saisit l’engin, et avant d’avoir pu réagir, Sven avait tourné les talons et disparaissait dans la nuit gotembourgeoise.



Trois semaines plus tard, dans le hall de mon immeuble, j’observe la pluie tomber à travers la vitre. J’ouvre le parapluie, déclenche l’ouverture de la porte, et pars affronter les éléments.

Merci Sven.

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